Liste rouge régionale des oiseaux nicheurs d'Île-de-France (2018)

Liste rouge régionale

01 December 2018ContactARB (l’Agence régionale de la biodiversité en Île-de- France) (Département biodiversité de l’Institut Paris Region)

Six ans après la parution de la première Liste rouge régionale sur les oiseaux nicheurs d'Île-de-France, l'ARB îdF a mis à jour cet indicateur du degré de menace qui pèse sur l'avifaune francilienne, en partenariat avec la LPO IDF, le Muséum National d'Histoire Naturelle, l'ANVL, NaturEssonne et le CERF. Ce travail, qui suit une nouvelle fois la méthodologie de l'UICN pour déterminer le risque d'extinction des espèces nichant dans la région, a également reçu un avis favorable du CSRPN.

 

Le constat est malheureusement sans appel, sur les 159 espèces évaluées, 39% sont menacées, c'est-à-dire figurant dans les catégories "En danger critique", "En danger" ou "Vulnérable". Si à ces espèces, on ajoute celles déjà "Régionalement éteintes", c'est presque la moitié de l'avifaune francilienne qui a déjà disparu ou est menacée !

 

En comparaison avec la précédente Liste, la proportion d’espèces menacées a augmenté de 48,6%, puisqu'en 2011, un quart des espèces nicheuses était menacé. Parmi les 56 espèces qui ont vu leur statut évoluer, on retrouve différents types de changements :

  • Les changements liés à une véritable amélioration de l'état des populations (Va)
  • Les changements liés à une véritable détérioration de l'état des populations (Vd)
  • Les changements liés à des espèces auparavant notées comme occasionnelles ou nouvelles pour la région, devenues régulières et bien installées depuis plus de 10 ans (Vp)
  • Les changements lié à l’amélioration de la connaissance (NVc / NVca)
  • Les changements lié à une application différente de la méthodologie (NVm)

Les changements liés à une véritable amélioration

Six espèces ont changé de statut en raison d’une amélioration « véritable » de leur population : le Milan noir, la Nette rousse, le Faucon hobereau, le Goéland argenté, le Pouillot siffleur et la Huppe fasciée. Parmi elles, deux ne sont plus menacées, le Milan noir et la Nette rousse étant passés du statut "Vulnérable" au statut "Quasi menacé". Le Pouillot siffleur et la Huppe fasciée, qui apparaissent encore tous deux comme menacés (respectivement "Vulnérable" et "En danger"), ont été tout de même déclassés en raison de leurs effectifs qui ont considérablement augmentés ces dernières années.

Les changements liés à une véritable détérioration

Sans surprise au vu des résultats globaux de la Liste, c'est ici que l'on trouve la majorité des changements entre les deux évaluations, puisque 37 espèces sont concernées par une véritable déterioration de leurs statuts. Parmi elles, 19 espèces qui n'étaient pas menacées le sont désormais, dont certaines, comme le Bruant des roseaux ou le Bruant proyer, passent à trois crans au dessus, intégrant ainsi la catégorie des espèces "En danger". Notons également le cas de la Pie-grièche grise, qui était une espèce nicheuse régulière jusque dans les années 90, qui nichait occasionnellement ensuite jusqu’en 2004 mais dont aucune nidification n’a été observée depuis 2005. Elle intègre donc le banc des espèces régionalement éteintes. 

Les espèces occasionnelles devenues régulières

Ces changements sont liés à des espèces non évaluées dans la précédente Liste car récentes ou occasionnelles dans la région, devenues régulières (nicheuses depuis plus de 10 ans). Cela concerne 6 espèces : le Circaète Jean-le-Blanc, le Canard chipeau, le Garrot à oeil d'or, le Goéland brun, le Balbuzard pêcheur et le Grèbe à cou noir.

Ces espèces viennent, par le faible effectif de leur population, renforcer les statuts d’espèces menacées, bien que certaines d’entre elles soient dans des dynamiques favorables et en expansion. D’autres restent tout de même en situation précaire, comme le Circaète Jean-le-Blanc, qui niche depuis plus de dix ans mais dont les effectifs n’évoluent pas. Se pose la question par exemple, pour cette espèce, de la capacité d’accueil de la région. Située en limite d’aire de répartition, le site de nidification actuellement connu (forêt de Fontainebleau) peut être soumis à dérangement. D’autres sites favorables pourraient être occupés par l’espèce mais la disponibilité limitée en reptiles et sa dynamique au niveau national stagnante sont peu favorable à cette hypothèse dans un avenir proche.

Les changement lié à l’amélioration de la connaissance

Ces changements ne traduisent pas forcément une évolution réelle des populations des espèces concernées. Des espèces que l’on ne pensait pas nicheuses régulières l’étaient finalement et passent donc de "Non applicable" à "Régionalement éteinte" (Alouette calandrelle et Fauvette orphée). A l’inverse, le Chevalier guignette semble n’avoir jamais été un nicheur régulier dans la région, il n'est donc plus évalué ("Non applicable").

L’augmentation de l’effort de prospection sur l’Engoulevent d’Europe, grâce notamment à l’ANVL, a permis de découvrir de nouvelles localités. Mieux, là où les naturalistes s’attendaient à la trouver, l’espèce était présente.

Le Bec-croisé des sapins est quant à lui passé de "Données insuffisantes" à "Préoccupation mineure". On sait désormais que cette espèce nomade niche chaque année dans les massifs forestiers de Rambouillet et de Fontainebleau, même si ce ne sont pas les mêmes individus observés d’une année sur l’autre. Les effectifs sont donc stables dans la région et le milieu dans lequel on rencontre le Bec-croisé des sapins n’est pas menacé.

Les changements lié à une application différente de la méthodologie

Deux évolutions de statuts sont liées à l’application de la méthodologie : le Pigeon biset, qui n’était pas évalué lors de la précédente Liste et qui a fait vraisemblablement l'objet d'un oubli, et la Pie-grièche écorcheur, qui était classée NT pr. D1 lors de la première évaluation, autrement dit « Quasi-menacée » et proche de correspondre au critère de « population très petite ou restreinte ».

Cependant, ses effectifs étaient sous le seuil de vulnérabilité (estimés à 100-150 couples). L’ordre de grandeur reste similaire pour l’atlas des oiseaux nicheurs 2016 et les experts s’accordent à penser que sa population est restée stable entre les deux populations. Selon le critère D1, elle doit donc être classée [VU] et, ne bénéficiant a priori pas d’apports extrarégionaux, d’autant plus que l’espèce est en déclin au niveau national, elle ne peut être déclassée d’un niveau.

Les espèces dont le statut n'a pas évolué

Dans cette évaluation, 94 espèces n'ont pas vu leur statut modifié, cela ne va pas pour autant dire que leurs populations sont stables, mais que les changements qu'elles connaissent ne sont pas suffisamment important pour entrainer une variation de statut. Parmi ces espèces, on retrouve : 

  • 53 espèces dont les populations sont stables
  • 21 espèces dont les populations se portent mieux
  • 13 espèces dont les populations déclinent
  • 7 espèces pour lesquelles les indices ne sont pas fiables

Découvrir la première liste rouge régionale sur les oiseaux nicheurs de 2011

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